Présentation

Le Centre « Modalités du fictionnel » est composé de deux équipes de chercheurs. L’une d’elles se consacre à l’étude du Moyen Âge tardif et de la Renaissance (XIVe-XVIe siècles), l’autre à l’étude des périodes moderne et contemporaine (XIXe-XXIe siècles).

 

Littérature du Moyen Âge tardif et de la Renaissance (XIVe-XVIe siècles)

Champs de recherche : littérature bourguignonne, historiographie et culture historique, récit bref, mises en prose, miroirs des dames, écriture du voyage, théâtre comique, édition de textes, didactisme, émotionologie, Grands Rhétoriqueurs.

Membres : Jean Devaux (PR), Alexandra Velissariou (MCF), Mélanie Fruitier (Doctorante), Grace Baillet (Collaboratrice scientifique), Stéphanie Bulthé (Docteur, Collaboratrice scientifique), Loïc Collela-Denis (Docteur, Collaborateur scientifique), Alexandre Grosjean (Docteur, Collaborateur scientifique)

Axes de recherche :

Spécialisés dans l’étude du Moyen Âge tardif et de la Renaissance (XIVe-XVIe siècles), les chercheurs de l’équipe s’emploient à mettre en lumière le rayonnement culturel du Nord de la France au temps des ducs de Bourgogne et des premiers Habsbourg, tout en soulignant le rôle décisif que jouèrent à cet égard les contacts interculturels noués entre l’État bourguignon et les royaumes voisins de France et d’Angleterre. Les publications des membres de l’équipe, les rencontres organisées depuis plus de dix ans et les recherches doctorales menées au sein de ce groupe de recherche ont ainsi pour objet de mettre en lumière la culture historique, politique et didactique, ou l’important mouvement de mise en prose qui s’épanouissent sous l’égide des ducs de Bourgogne. Conçus dans une perspective interdisciplinaire, aux confins de la philologie, de l’histoire et de l’histoire de l’art, les cinq colloques internationaux dont les actes sont parus ou paraîtront prochainement ont porté tour à tour sur l’œuvre du Valenciennois Jean Molinet, chroniqueur et maître à écrire du mouvement poétique des Grands Rhétoriqueurs, sur le recueil des Cent Nouvelles nouvelles et l’art du récit bref, sur l’activité historiographique de Jean de Wavrin et la collection homogène de romans de chevalerie produits dans son atelier lillois, sur le rôle joué par l’imprimerie naissante dans la diffusion de la littérature de Bourgogne et l’écriture du voyage en milieu bourguignon.

L’un des centres d’intérêt de l’équipe porte sur la question du dépassement des frontières qui tendent à délimiter les genres littéraires. Les derniers siècles du Moyen Âge correspondent notamment à l’essor de nouveaux genres, qui se nourrissent de textes antérieurs tout en affirmant leur identité nouvelle. Ainsi le récit bref, qui existait déjà sous la forme du fabliau et de l’exemplum, connaît au XVe siècle une véritable renaissance, qui va de pair avec la création d’une appellation générique, celle de la ‘nouvelle’. Mais si les auteurs de nouvelles tentent manifestement de délimiter ce nouveau genre, les œuvres mêmes conservent l’empreinte de récits brefs antérieurs, s’imprégnant parallèlement d’œuvres qui leur sont contemporaines, telles les farces et les textes didactiques. Cette réflexion sur les genres s’étend également au théâtre médiéval et renaissant, français et européen : en effet, si ce dernier correspond à un véritable renouveau formel et thématique, il n’en reste pas moins l’héritier des œuvres dramatiques médiévales. La comédie, par exemple, se nourrit des œuvres farcesques emblématiques du Moyen Âge, alors qu’en théorie la Renaissance crée une frontière esthétique entre les deux genres.

La notion de dépassement des frontières revêt également une dimension temporelle, puisque la littérature se transmet de génération en génération, se nourrissant du passé en même temps qu’elle se recrée. Si traditionnellement l’époque médiévale s’achève en 1500 pour laisser place à la Renaissance, sur le plan littéraire cette frontière temporelle apparaît comme foncièrement artificielle et, surtout, empreinte d’une remarquable porosité. Nombreux sont les échanges entre les deux périodes. En effet, de nombreuses œuvres littéraires composées dans les premières décennies du XVIe siècle relèvent encore de l’esprit médiéval. C’est notamment le cas des textes historiographiques (chroniques et mémoires), des romans en prose, des récits de voyage, des œuvres théâtrales et des miroirs des dames. Tous ces textes, qui témoignent d’une continuité formelle et thématique, contribuent à briser les frontières.

Entre le Moyen Âge et la Renaissance s’opère en outre un changement de médias avec le passage du manuscrit à l’imprimé. Cette rupture correspond en même temps à un transfert culturel : les éditions imprimées récupèrent la matière narrative médiévale pour la remettre au goût du jour en en modernisant la langue, en la réorganisant, en la reformulant. Les chercheurs médiévistes de l’UR H.L.L.I. poursuivront leur collaboration au projet scientifique international L.I.M.I.A. (Littérature d’Inspiration Médiévale dans les Imprimés Anciens), qui regroupe des chercheurs français, belges et italiens. Conçu dans une perspective interdisciplinaire, aux confins de l’histoire littéraire, de la philologie, de l’histoire culturelle et de l’histoire du livre, ce projet vise à éclairer d’un jour nouveau la place occupée par la littérature narrative en langue française dans l’activité éditoriale des premiers imprimeurs et, par là même, à mieux apprécier l’impact culturel de cette véritable révolution technologique et culturelle que constitue la naissance de l’imprimerie. Outre l’organisation de manifestations scientifiques, l’objectif ultime du projet est de constituer un répertoire des imprimés (1470-1550) ayant transmis les textes narratifs du Moyen Âge.

 

Littérature moderne et contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

Champs de recherche : poésie, roman, théâtre, critique ; tous types d’écrits intéressant le fait littéraire : biographies, autobiographies, autofictions, mémoires, carnets, correspondances, récits de voyage, dédicaces, etc.

Membres : François Berquin (MCF), Catherine Haman (MCF), Dolorès Lyotard (MCF), Pascale Rodts-Rougé (MCF), Justine Jotham (PRAG), Martine Crépin (Docteur, Collaboratrice scientifique)

Axes de recherche :

L’axe de recherche privilégié par l’équipe implique l’étude de la circonstance d’époque où l’acte singulier de création littéraire s’inscrit mais dont l’actualité relève moins d’un temps linéaire qu’elle ne suppose, dans l’expérience historique et culturelle, des effets paradoxaux de croisements, césures, appariements temporels : anachronies dont Malraux affirmait que celle-ci définissent les œuvres d’art – « métamorphoses » ne cessant d’ouvrir au temps des hommes l’avenir de leur réception.

Pour répondre de l’exigence d’étude ainsi formulée, les chercheurs de « Modalités du fictionnel » interrogent la contemporanéité d’œuvres qui, de façon remarquable, ont mêlé seuils de l’essai, du roman, du poème (Rimbaud, Les Goncourt, Taine, Zola, Leopardi, Valéry, Ponge, Barthes, Quignard, Michon, Camus, Goffette, Forest, Bonnefis…), créant ainsi des formes de langue inédites. Ils questionnent des œuvres qui sollicitent le voisinage de l’esthétique (peinture, musique) et de l’historique (chroniques, presse), où le champ littéraire s’intrigue de son autre, se désignant au partage d’un geste méta-critique qui éclaire son exercice. Ils ont travaillé et travaillent à l’examen de formes d’écrits particuliers, tels « Le reste, la relique », les « Envois et dédicaces », les « Carnets et journaux d’écrivain », la Critique (« L’expérience critique ») ; ils ont étudié quelques motifs prégnants de la littérature, tels la Nudité (« Le nu en toutes lettres ») ou les « Poisons » ; ils interrogent certaines scénographies exemplaires, telles la Rencontre entre écrivains (« Affinités électives ») ou la Rencontre entre Littérature et Peinture (« L’écrivain et son peintre »).

Le colloque international « Michel Chaillou, l’écriture fugitive » a permis d’organiser des échanges autour de la figure d’un écrivain de « l’extrême contemporain » (il est à l’origine de l’expression), invitant à travailler à la frontière du genre romanesque, sur cette frange d’œuvres et d’écrivains qui en constituent la forme la plus récente et donc la plus expérimentale. L’étude de l’œuvre en elle-même s’est axée autour des questions de frontière, de limite et d’échange : frontières du fictif et du biographique, dans la mouvance de l’autofiction ; limites de la modernité et de la postmodernité (tout en relevant du postmoderne à certains égards, Chaillou se veut surtout un héritier du classicisme et des Lumières) ; échanges spatio-temporels constants d’un écrivain caractérisé par son perpétuel nomadisme (voyage,  goût de l’ailleurs, errance, mais aussi dialogue avec les œuvres du passé, relectures, réflexion d’une part sur les cadres génériques, de l’autre  sur la notion de filiation, …).

Quant à la Journée d’Étude « Ville portuaire », elle relevait du souci de s’inscrire dans le tissu culturel et économique de la région Hauts de France : le port est une frontière naturelle à la fois ouverte sur l’extérieur et farouchement gardée et protégée en tant de crise. C’est le lieu par excellence de la limite entre patrie et pays étranger, entre sédentarité et voyage, le lieu des échanges culturels et économiques. Autant d’aspects que cette journée se proposait d’étudier et d’approfondir.

Ainsi les membres de l’équipe ont-ils organisé trois types de manifestation : les Rencontres du Littoral et les Nouvelles Rencontres du Littoral, colloques de deux ou trois jours, certains internationaux, les Journées du Littoral, rencontres plus souples d’une journée, et les Entretiens du Littoral, série de rencontres et débats autour d’un essayiste, d’un romancier ou poète invité pour l’occasion, série organisée sur un semestre de l’année universitaire.